[Letter to Albert Aupetit] 1902 February 15
Les Brayères sur Clarens, Vaud (Suisse)
15 février 1902
Monsieur,
Bien que j'aie lieu, en ce moment, d'espérer
pour un avenir prochain quelques disciples
français, je suis bien aise de n'avoir pas perdu
le premier d'entre eux et d'apprendre qu'il a eu
de bonnes raisons de me négliger un peu.
J'espère que vous prendrez dans deux ans votre
revanche de l'insuccès que vous avez essuyé au
concours d'agrégation. Vous n'avez pas trop
de ces deux années pour vous mettre au courant
des questions d'économie sociale et d'économie
politique appliqué en déduisant d'abord de
l'économie politique pure, que vous savez en
principe très bien, des solutions rationnelles de
ces questions qui vous satisfassent, et en prenant
ensuite une connaissance approfondie des solutions
empiriques, qui régent dans les faits et dans les
livres, pour votre mettre en mesure d'en faire une
critique décisive. La constitution de l'économie poli-
tique pure, c'est, en effet, la création de l'anatomie
et de la physiologie du corps social en vue de 1'in-
troduction d'une médicine sociale scientifique
là où règne la plus complet empirisme.
Vous me semblez fixé sur ces points. Je me borne donc
à vous souhaiter bon courage, et à me tenir à votre dis-
position pour les éclaircissements qui vous seraient utiles.
Croyez-moi votre bien dévoué, Léon Walras
P.S. Je crois bien que dans ma dernière lettre,
j'ai fait la somme des deux équations d'utilité de la
marchandise numéraire et monnaie en additionnant
les raretés en fonction des quantités au lieu d'addi-
tionner les quantités en fonction des raretés suivant
l'équation totale
Mais vous aurez sans doute rectifié l'erreur de vous-
même.
L.W.